Pendant des siècles, l'océan a été une frontière. Une limite au-delà de laquelle le monde devenait incertain. Aujourd'hui, cette frontière est devenue le centre de gravité de toutes les tensions qui définissent notre époque.
Les câbles sous-marins qui transportent 95% du trafic internet mondial sont sabotés. Les routes commerciales par lesquelles transitent 90% des marchandises de la planète sont disputées, réorientées, militarisées. Les fonds marins sont devenus un nouvel eldorado que les grandes puissances se partagent en silence. La Méditerranée — ce bras de mer que nous voyons depuis Monaco — concentre à elle seule 30% du trafic maritime mondial sur 1% des eaux du globe. Elle est le miroir de tout ce que le monde produit comme conflits, comme ambitions et comme peurs.
Mais la mer est aussi, et peut-être surtout, une promesse.
Elle nourrit plus de 3 milliards d'êtres humains en protéines. Elle absorbe 25% du CO₂ que nous émettons et régule le climat de la planète entière. Elle héberge une biodiversité dont nous n'avons exploré que 20% et dont les biotechnologies marines commencent à peine à révéler le potentiel pharmaceutique, alimentaire et industriel. Son économie pèse désormais plusieurs milliards de dollars par an — et pourrait doubler d'ici 2030.
Regarder la mer et les océans en face
Moins de 1% des financements climatiques est aujourd'hui orienté vers les océans. Les outils de la finance bleue — blue bonds, assurances marines, fonds dédiés aux écosystèmes côtiers — existent mais restent marginaux, parfois mal calibrés ou insuffisamment standardisés. Et pourtant, la mer est un actif stratégique pour de nombreux pays comme la France, qui grâce à l’outre-mer possède le deuxième espace maritime mondial. Dans les pays en développement, la mer est souvent la première ressource : elle représente 300 milliards de dollars par an sur le seul continent africain, un gisement d'emplois, de protéines et de souveraineté alimentaire que des investissements bien orientés pourraient démultiplier.
La CICA réunit à Monaco, capitale mondiale de la mer, en novembre 2026, ses adhérents, acteurs du financement de l’agriculture et de l’alimentation pour une raison simple : ce que nous faisons avec les terres agricoles et les chaînes alimentaires ne peut plus être pensé sans ce que nous faisons — ou ne faisons pas — avec les océans.
La mer est à la fois berceau de vie, artère du commerce mondial, enjeu de souveraineté géopolitique et refuge de durabilité. Elle est le fil conducteur de toutes les crises — alimentaire, climatique, stratégique — que nos institutions financent ou cherchent à prévenir.
Pendant deux jours, géostratèges, scientifiques marins, entrepreneurs de l'économie bleue et dirigeants bancaires vont échanger pour que les décisions de financement qui se prennent aujourd'hui déterminent ce que sera la mer en 2050 — et avec elle, la sécurité alimentaire de milliards d'êtres humains.