La CICA est une association à but non lucratif et à vocation mondiale. Elle rassemble des banques et d’autres institutions engagées dans le financement de l’agriculture et du monde rural. La CICA s'adresse aux dirigeants élus et aux directeurs généraux de ces institutions avec le but :

  • de leur apporter les connaissances et les avis les plus récents pour orienter leur politique de financement de l’agriculture ;
  • d'encourager l’échange et le dialogue entre eux ;
  • de leur permettre d’innover et d’améliorer les services financiers destinés à l’agriculture et au secteur rural.

La CICA veut aussi participer à la promotion des idées sur le financement de l’agriculture en direction de l’opinion, des gouvernements et des institutions spécialisées.

Disparition d'Yves Barsalou, Président de la CICA de 1993 à 2001

La CICA a appris avec une grande tristesse, samedi 21 septembre, le décès à l’âge de 87 ans d’Yves Barsalou, qui fut son Président de 1993 à 2001.

Né dans une famille de vignerons du Languedoc, Yves Barsalou travaille dès l’âge de 17 ans sur l’exploitation familiale tout en devenant un joueur de rugby accompli et reconnu. Syndicaliste agricole, engagé dans le mouvement des Jeunes Agriculteurs, il s’affirme très tôt parmi ceux qui vont révolutionner la viticulture du Languedoc et en faire, en trente ans, une viticulture de qualité désormais ouverte sur l’international.

Mais c’est le Crédit Agricole qu’Yves Barsalou va marquer d’une empreinte exceptionnelle. Elu très jeune à la Caisse locale de Bizanet, puis Président de la Caisse régionale du Midi, devenue plus tard Caisse du Languedoc, Yves Barsalou sera ensuite au niveau national Président de la Fédération Nationale du Crédit Agricole (FNCA) puis Président de la Caisse Nationale de Crédit Agricole (CNCA).

Dans ces différentes fonctions, il conduit avec Lucien Douroux, Secrétaire Général de la FNCA puis Directeur Général de la CNCA, toutes les grandes évolutions fondatrices du Groupe Crédit Agricole d’aujourd’hui :

  • mutualisation (rachat par les Caisses régionales) de la Caisse Nationale de Crédit Agricole auparavant établissement public de l’Etat ;
  • regroupement des Caisses régionales, passées de 94 à 39 ;
  • grandes opérations de croissance externe, comme l’acquisition de Sofinco puis de la Banque Indosuez,
  • préparation de l’entrée en bourse de la Caisse Nationale de Crédit Agricole (qui deviendra  Crédit Agricole SA) suivie de l’acquisition de la banque Crédit Lyonnais.

C’est pendant cette période où il préside la Caisse Nationale qu’il succède à André Costabel à la présidence de la CICA. De 1993 à 2001  il anime des congrès importants, et notamment celui de New-Delhi en 1995, où la CICA se retrouvera en Congrès mondial au mois de novembre prochain. Il noue dans ce cadre des relations étroites et amicales avec les dirigeants de banques agricoles du monde entier.

Après avoir quitté la présidence de la Caisse Nationale de Crédit Agricole, en 2000, Yves Barsalou reste extrêmement présent et actif au sein du Groupe. En particulier, il préside et anime avec passion la Fondation du Crédit Agricole-Pays-de-France,  dédiée à la restauration et à la revitalisation du patrimoine des régions de France, qui fête cette année ses quarante ans d’existence.

A sa famille et au Groupe Crédit Agricole qui, avec cette personnalité emblématique, vient de perdre l’un de ses dirigeants les plus charismatiques et les plus audacieux, la CICA présente aujourd’hui ses condoléances attristées.

Rencontres CICA
New Delhi 2019 - 6ème congrès mondial de finance agricole et rurale
Le casse-tête des inégalités de revenu

Jean-Christophe Debar, directeur de FARM

« Réduire les inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre » : tel est le dixième objectif de développement durable (ODD), sur les dix-sept fixés par l’Organisation des Nations unies à l’horizon 2030. Dans les pays les moins avancés ainsi que dans certains pays émergents, où une grande part de la population continue de travailler dans l’agriculture, atteindre cet ODD revient en grande partie à diminuer les écarts de revenu entre agriculteurs et non-agriculteurs, qui sont énormes. Selon nos calculs, en Afrique subsaharienne, un actif agricole dégage une valeur ajoutée environ six fois inférieure, en moyenne, à celle d’un actif employé dans l’industrie ou les services. En d’autres termes, son revenu, avant éventuels transferts sociaux, est six fois inférieur à celui d’un non-agriculteur. En Inde, l’écart est de un à cinq.   

La situation s’améliore, mais très lentement. Entre 2006 et 2016, dans les pays au sud du Sahara, le rapport entre les valeurs ajoutées par actif agricole et non-agricole est passé de 13 % à 16 %. En Inde, il a stagné à 20 %. Combler cet écart est très ardu car il implique d’accroître la productivité du travail en agriculture beaucoup plus rapidement que dans les autres secteurs de l’économie. Le cas de la Chine est particulièrement éloquent. Depuis 2006, la valeur ajoutée d’un agriculteur chinois a été multipliée en moyenne par 2,2, contre 1,9 pour un actif non-agricole. La différence de revenu entre agriculteurs et non-agriculteurs s’est donc un peu amoindrie : en 2016, le revenu par actif agricole, avant transferts sociaux, valait 22 % du revenu par actif non-agricole, contre 19 % dix ans plus tôt. A ce rythme, le rattrapage sera très long.

De son côté, à l’approche des élections législatives, le gouvernement indien a pris la décision radicale d’allouer des aides directes aux petits agriculteurs, pour faire reculer la pauvreté et les inégalités. Le 24 février dernier, les paysans qui exploitent moins de 2 hectares (soit 86 % du nombre de ménages agricoles indiens) ont reçu chacun l’équivalent de 86 dollars U.S., ce qui correspond à 6 à 10 % de leurs recettes annuelles. Si ce programme se poursuit, comme annoncé, pendant dix ans, il pourrait augmenter sensiblement le revenu des petits producteurs, au prix, il est vrai, de gigantesques transferts sociaux : 10,7 milliards de dollars par an. Dans la même veine, certains experts suggèrent de convertir les subventions aux engrais - qui coûtent également autour de 10 milliards de dollars par an - en paiements versés sur le compte bancaire des agriculteurs, pour limiter les détournements de fonds et laisser plus de choix aux producteurs dans leurs décisions d’investissement. Soulignons-le : le débat ouvert en Inde sur les aides directes est majeur. Il devrait résonner jusqu’en Afrique.      

Les Big Data agricoles et l'Etat

Jean-Christophe Debar, directeur de FARM

La révolution numérique est en marche. Elle touche l’agriculture et rien ne lui échappe. « De la ferme à l’assiette », chaque maillon des filières est transformé, en soi comme dans sa connexion avec les autres. De ces bouleversements naîtront de nouvelles manières de produire, de vendre, de financer et d’assurer les chaînes de valeur.

Au cœur de cette révolution : la capacité de générer une moisson toujours plus abondante de données, par des capteurs au sol ou des images satellitaires, et de les analyser selon des techniques sophistiquées afin de dégager des informations exploitables. Il peut s’agir de gérer l’épandage des engrais en fonction du sol et du climat, de prévoir l’évolution d’un marché ou de bien d’autres fonctions. A la clé, entre autres avantages, l’automatisation des tâches, la réduction des coûts et de moindres impacts sur l’environnement.

Le royaume des start-up qui ont investi le champ de l’agriculture s’étend sur tous les continents. Si les nouvelles technologies sont a priori plus accessibles dans les pays riches, leur pouvoir transformateur est encore plus grand dans les pays du Sud, où les industries et services d’amont et d’aval de la production agricole doivent traiter avec une myriade de petits paysans qui n’ont pas ou peu accès aux intrants et aux marchés, mais sont de plus en plus reliés à Internet. Faciliter l’inclusion de ces petits agriculteurs dans les chaînes de valeur, afin d’améliorer leur productivité et leur revenu, est l’un des enjeux de cette mutation.

Les Etats aussi ont beaucoup à gagner des Big Data. D’abord pour améliorer la connaissance du secteur agricole : ainsi, on ne sait pas exactement combien il y a de fermes en Afrique. Les estimations varient dans une fourchette très large, de 50 à 100 millions, car elles reposent sur des recensements anciens et de qualité douteuse. L’Initiative 50 x 2030, soutenue par la Fondation Bill et Melinda Gates, des organisations internationales et plusieurs gouvernements, vise à conduire des enquêtes régulières auprès des ménages agricoles dans 50 pays à faible revenu (30 pays au sud du Sahara, 10 en Asie, 10 en Amérique latine), d’ici à 2030. Les résultats, conjugués à d’autres données, feront l’objet d’une large diffusion.

L’enjeu est également financier. Dans des pays où des pans entiers des filières agroalimentaires opèrent de manière informelle, hors de porté des radars administratifs, l’intégration des agriculteurs et des petites et moyennes dans les chaînes de valeur, via la blockchain ou d’autres outils numériques, permettra d’identifier les acteurs et de lever impôts et taxes. Les Etats en manque de ressources pourront ainsi élargir leur assiette fiscale. A condition, bien sûr, de ne pas tuer la poule aux œufs d’or par des interventions intempestives.